Diplomatie · FAO, UNESCO, OMS
Maîtriser la procédure là où se décident les textes.
Par Omar Cherkaoui, Ph. D., professeur retraité, auteur de Le code chérifien et de L’art de délibérer.
Dans les comités internationaux, la délégation qui connaît le règlement pèse sur le texte final. Dans la société, une culture de la délibération s’apprend tôt : en classe, dans les associations, dans les conseils élus.
Pour qui : ministère des Affaires étrangères, académies diplomatiques, écoles et universités, société civile, élus locaux.


Ce que vous vivez
01
Le fond sans la technique
Des délégués solides sur le dossier, moins à l’aise avec motions, amendements et points d’ordre.
02
Des règlements différents
Assemblée générale de l’ONU, UNESCO, OMS, OIT : chaque organe a ses règles.
03
Une culture peu enseignée
On apprend rarement à présider, à proposer ou à voter dans les règles.
« Nos délégués ont le fond. Il leur faut la technique de séance. »
Trois enceintes où la procédure fait le texte
Les organes des Nations Unies délibèrent selon des règles héritées de la tradition parlementaire anglo-saxonne : un président neutre, des motions classées par ordre de priorité, des amendements mis aux voix avant la proposition qu’ils modifient. Pour un délégué formé dans la tradition juridique française et marocaine, ces réflexes ne vont pas de soi. Trois exemples où le Maroc a beaucoup à défendre.
FAO, Rome : agriculture, pêche et sécurité alimentaire
L’enceinte : une Conférence de tous les États membres tous les deux ans, un Conseil restreint, et des comités techniques (agriculture, pêches, forêts, sécurité alimentaire mondiale). Les normes alimentaires se négocient aussi au Codex Alimentarius, commission commune à la FAO et à l’OMS.
Ce qui est en jeu pour le Maroc : la pêche, les exportations agricoles, l’eau et la sécurité alimentaire.
Le moment à maîtriser : l’adoption du rapport, paragraphe par paragraphe, en fin de session. C’est là qu’un mot ajouté ou retiré engage l’organisation pour des années ; il faut savoir proposer un libellé, demander la parole au bon moment et faire acter une réserve.
UNESCO, Paris : éducation, culture et patrimoine
L’enceinte : une Conférence générale tous les deux ans, un Conseil exécutif de 58 membres, et des comités intergouvernementaux, dont ceux du patrimoine mondial et du patrimoine culturel immatériel.
Ce qui est en jeu pour le Maroc : les candidatures au patrimoine mondial et immatériel, les programmes d’éducation, la place de la langue arabe et des cultures amazighe et hassanie.
Le moment à maîtriser : l’examen d’un projet de décision en séance. Des amendements sont déposés parfois à la dernière minute ; il faut savoir dans quel ordre ils seront mis aux voix, demander un vote séparé ou un ajournement, et compter ses soutiens avant le vote.
OMS, Genève : l’Assemblée mondiale de la Santé
L’enceinte : une Assemblée annuelle, chaque mois de mai, qui travaille en deux grandes commissions, et un Conseil exécutif de 34 membres qui prépare ses décisions.
Ce qui est en jeu pour le Maroc : la couverture sanitaire, l’accès aux médicaments, la préparation aux pandémies et la santé en Afrique.
Le moment à maîtriser : la négociation des résolutions en groupes de rédaction, puis leur passage en commission. La plupart sont adoptées par consensus ; savoir quand le briser, par une motion ou une demande de vote, et quand le préserver, relève de la technique autant que de la politique.